La désinflation gagne du terrain au Cameroun, mais la moyenne nationale masque une géographie des prix profondément inégale. Selon le rapport de l’Institut national de la statistique (INS) sur l’évolution de l’inflation en mai 2026, cinq capitales régionales sur dix affichent un rythme de hausse supérieur au seuil de tolérance de 3% admis dans la zone Cemac. La carte de l’inflation épouse celle de l’insécurité, avec des poches de tension localisées notamment dans les zones fragilisées par les crises sécuritaires.
Une inflation à deux vitesses entre les régions camerounaises
Bertoua en tête, la ville est suivie de Ngaoundéré, Bafoussam et Bamenda. Garoua limite la hausse à 2,1%, devant Douala et Ebolowa.
Ces écarts tiennent à des facteurs structurels : coûts de transport variables, disponibilité inégale des produits locaux, circuits d’approvisionnement fragmentés et persistance de goulets d’étranglement logistiques dans certaines zones. La trajectoire des prix demeure prisonnière de la géographie économique du pays et de la qualité des infrastructures qui relient bassins de production et marchés urbains.
La prime de risque sécuritaire pèse sur les prix
Au-delà de l’analyse strictement statistique, la carte de l’inflation épouse celle de l’insécurité. Bamenda et Buea subissent depuis fin 2016 les effets d’un conflit séparatiste qui perturbe la production agricole et les flux commerciaux.
Concrètement, l’insécurité renchérit le transport, réduit les récoltes commercialisables et pousse à la hausse les marges des intermédiaires. La corrélation entre foyers de tension et poussées inflationnistes apparaît nette, même si la relation n’est pas mécanique.
Le paradoxe de Maroua et l’effet naira
Reste que la théorie sécuritaire achoppe sur un cas emblématique. Maroua, capitale de l’Extrême-Nord, est la ville la plus exposée aux exactions de la secte islamiste nigériane Boko Haram depuis 2016. Elle est pourtant la seule des dix grandes villes étudiées à voir ses prix reculer en mai 2026.
À l’échelle macroéconomique, le Cameroun sort progressivement de la séquence de tensions ouverte fin 2021. La comparaison annuelle confirme la modération : la hausse générale des prix a été divisée par un facteur significatif en douze mois, permettant au pays de repasser sous la norme communautaire.
Pour la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), qui pilote la politique monétaire de la sous-région, cette convergence vers la cible constitue une nouvelle marge de manœuvre. Mais la persistance de poches inflationnistes localisées rappelle que le rétablissement des équilibres nominaux ne suffira pas à restaurer le pouvoir d’achat dans toutes les régions du pays.
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