Une restructuration profonde pour sauver le service public au Gabon

Le président de la Transition a été catégorique lors de son récent discours sur l’état de la Nation : la SEEG doit impérativement être réformée pour mettre fin aux pénuries qui accablent le pays. Devant le Parlement réuni en Congrès, le chef de l’État a reconnu les limites du système actuel, incapable de garantir un accès stable à l’eau et à l’électricité depuis trop longtemps.

Le divorce entre l’eau et l’électricité au Gabon

Le projet de transformation repose sur une stratégie claire : dissocier la gestion de l’eau de celle de l’énergie. En séparant également les fonctions de production, de distribution et de commercialisation, les autorités espèrent instaurer une culture de la responsabilité. Le constat est simple : une fuite d’eau qui met des mois à être réparée ne serait plus tolérée si la survie financière de l’entité dépendait directement de la qualité de son réseau.

Mauvaise gestion et incivisme : un cocktail explosif

Au-delà des structures, c’est la gouvernance interne de la SEEG qui est pointée du doigt. Les délestages récurrents s’expliquent notamment par l’incapacité de la société publique à honorer ses dettes envers ses partenaires. Cependant, le sommet de l’État souligne aussi la part de responsabilité des citoyens. Fraudes massives, vols de câbles, sabotages de transformateurs et factures impayées plombent l’équilibre financier du secteur.

Le retard technique est immense. Selon les responsables de la société, aucun investissement d’envergure n’a été réalisé depuis deux décennies, alors que la demande énergétique a quasiment doublé entre 2010 et 2024. À Libreville, les habitants subissent des coupures d’électricité rotatives, tandis que certains quartiers sont privés d’eau pendant des mois entiers.

Des avis partagés au sein de la population

Sur le terrain, les usagers oscillent entre espoir et scepticisme. Si certains voient dans cette séparation une promesse d’efficacité, d’autres craignent pour la viabilité du secteur de l’eau, traditionnellement moins rentable que l’électricité. Le défi sera de s’assurer que l’activité eau ne soit pas délaissée une fois le cordon ombilical coupé.

Des solutions d’urgence déjà en place

Pour pallier l’urgence, le Gabon a multiplié les initiatives début 2025. Un accord avec le groupe turc Karpowership permet désormais l’apport de 150 mégawatts grâce à des centrales flottantes. Parallèlement, l’interconnexion électrique avec la Guinée équatoriale a été concrétisée pour stabiliser l’approvisionnement du Grand Libreville.

Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, dont la légitimité a été confortée par les urnes en avril 2025, la réussite de ce chantier est primordiale. La population attend désormais que ces réformes se traduisent par des robinets qui coulent et des ampoules qui brillent de manière continue.